
Cadaques, Catalogne
Mars 2008

Paris, mars 2008
"La respiration difficile, elle le précéda dans le salon. Un sourire immobile posé sur ses lèvres, elle lui indiqua un fauteuil, s'assit à son tour, tendit le bas de sa robe, attendit. Pourquoi
ne lui parlait-il pas ? Lui avait-elle déplu ? Il restait peut-être de la poudre. Elle passa sa main sur son nez, se sentie dépourvue de charme. Parler ? Sa voix serait enrouée, et s'éclaircir la
gorge ferait un bruit affreux. Elle ne se doutait pas qu'il était en train d'adorer sa gaucherie et qu'il gardait le silence pour la faire durer.
Lèvres tremblantes, elle lui proposa une tasse de thé. Il accepta avec impassibilité. Guindée, les joues enflammées, elle versa du thé sur le guéridon, dans les soucoupes, et même dans les
tasses, demanda pardon, tendit ensuite d'une main le petit pot à lait et de l'autre les rondelles de citron. Laine ou coton ? demanda-t-elle. Il eut un rire, et elle osa le regarder. Il eut un
sourire, et elle lui tendit les mains. Il les prit, et il plia le genou devant elle. Inspirée, elle plia le genou devant lui, et si noblement qu'elle renversa la théière, les tasses, le pot à
lait et toutes les rondelles de citron. Agenouillés, ils étaient ridicules, ils étaient fiers et beaux, et vivre était sublime."
(Albert Cohen, Belle du Seigneur)

Trastevere, Rome
Février 2008
- Bon, on joue aux cartes ou ... ?
- Oh tu sais, moi, les cartes...

Toulouse, mars 2008
Mais ça y est, le soleil est revenu dans la ville rose. Et les promesses, et les envies, et les futurs rendez-vous en mai de l'année dernière (faut suivre, elles sont pas tendres avec les rêveuses, les brigadières), et les escapades, et les rêves à croquer, et les bras qui s'offrent, et la frontière, et
les paysages qui attendent, et les cafés en terrasse le soir à St-Sernin. Oui, ça revient. Et c'est bien.

Toulouse, mars 2008
"Ernestine Chasseboeuf
à Coutures, dans le Maine-et-Loire
A Monsieur Lebrun
au Pot-au-Feu de France Culture
18 mai 2000
Monsieur Lebrun,
Vous avez bien de la chance d'aller à Toulouse, j'y suis passée autrefois en allant à Lourdes, c'est une bien belle ville. Lourdes je ne m'en souviens plus du tout sauf l'odeur, mais Toulouse
quand j'y pense, j'ai encore le goût de la saucisse dans la bouche. Je voulais même vous en faire un poème mais j'ai pas eu le temps de trouver des rimes avec saucisse, j'avais trouvé solstice et
armistice, mais c'était pas trop facile à caser. Pourtant, sur les saucisses, je pourrais vous en raconter, vu que je collectionne les papiers de charcutier depuis 1959 quand j'habitais à
Botz-en-Mauges. En allant prendre le train à la gare d'Ancenis, je m'arrêtais à Liré rien que pour le papier du charcutier : il avait fait imprimer : "Heureux qui comme Ulysse a dégusté une
bonne saucisse". C'est depuis ce moment-là que j'ai eu le goût de la poésie. Des papiers de charcutier, j'en ai ramassé des tas depuis, et en plus la famille et les amis m'en ramènent de
partout quand ils vont en voyage, avec de la saucisse dedans, bien sûr. De la région de Toulouse, on m'en a offert une fameuse, c'est celle de Bernard Calvet à Castalnet-Tolosan, si vous pouvez
m'en envoyer un demi-mètre ça me ferait plaisir, de la sèche de préférence, ça passera mieux par la poste.
Moi je pense qu'à Toulouse, ils n'auraient pas dû fermer l'abattoir pour en faire un musée, ça va sûrement faire du tort à la charcuterie. L'art moderne en faut bien un peu, mais ça vient quand
même après la nourriture, du moins c'est mon avis.
Si vous le rencontrez, dites-lui ce que j'en pense, à Monsieur Baudis. Tiens, Baudis, c'est comme Ulysse, ça rime aussi avec saucisse, j'aurais pu le faire mon poème, mais maintenant j'ai plus le
temps, je vais vous laisser, la levée du courrier est de bonne heure et j'espère que cette lettre vous trouvera de même,
Ernestine Chasseboeuf."
(Ernestine Chasseboeuf, Ernestine écrit partout, vol. 2)

Cadaquès, Catalogne
Espagne, Mars 2008
Des noeuds dans le ventre. Plutôt heureux, les noeuds.
Pourtant, ça ne va pas être simple. Trop de contingences matérielles par rapport aux élans dont j'ai envie de faire preuve. Le rapport au prosaïsme m'emmernuie sacrément.
Mais j'ai confiance. Les noeuds, on en viendra à bout. Ou pas.
En attendant, je vis. Je vis. Et les papillons papillonent.

Rome, Piazza del Popolo
Février 2008
Una domenica mattina : sedersi e sorridere.

Rome, Piazza del Popolo
Février 2008
Una domenica mattina : sedersi ed osservare.
