
Vitoria, Pays basque
Espagne, 1998
"Et parfois il me prend des mouvements soudains
De fuir dans un désert l'approche des humains."
(Molière, Le Misanthrope)
Guerre civile espagnole. 18 juillet 1936. C'est Lorca qu'on assassine.
Soixante-dix ans.
Nous sommes là, nous qui n'oublions pas et qui portons en nous tant de souvenirs jamais partagés et pourtant toujours brandis avec fierté. L'Espagne au coeur. Ce drapeau sang et or, alors honni,
et aujourd'hui symbole pour nous, petits-enfants, d'un pays à l'âme rude, fière, ardente. Paradoxe d'une lutte perdue et dont les séquelles perdurent encore.
"Quant aux générations suivantes issues de cet exil, elles sont parfaitement intégrées à la société française, où l'on constate nombre de promotions sociales par
rapport à l'appartenance socioprofessionnelle des parents. De façon quasi unanime, les générations plus jeunes reconnaissent avoir hérité de leurs parents des atouts considérables pour la vie :
le goût de la culture et de la formation, l'amour de la liberté et le sens de la lutte. La mobilité des réfugiés de la première génération perdure toutefois : toujours considérés comme des
Espagnols en France et comme des Français en Espagne, ils effectuent d'incessants aller et retour entre les deux pays. Car l'attachement au pays d'origine est vif, même si la vie a dû se faire
ailleurs ; et le souvenir des épopées et des rêves anciens a souvent été transmis aux descendants qui, un jour ou l'autre, même après avoir souhaité les ignorer, se trouvent confrontés au besoin
de renouer avec leurs origines."
[L'exil des Républicains espagnols en France (De la guerre civile à Franco),
Geneviève Dreyfus-Armand]
18 juillet 1936.
Ma grand-mère n'avait pas encore 18 ans. Elle allait les fêter, ses 18 ans, le 30 juillet, jeune fille de Lodosa trop rapidement plongée dans les horreurs d'un combat fratricide. JSU, Jeunesses
socialistes unifiées, UHP, Union de los Hermanos Proletarios, autant de sigles que je rencontre dans les livres d'histoire, romans, relatifs à cette période et que je dévore, avide d'apprendre,
de savoir, de sentir, de deviner, et qui pour elle revêtent une signification autrement plus réaliste.
Gracias, abuela.

Granada, Espagne
Septembre 1999
Palais de l'Alhambra.
En ce matin de septembre, il est encore tôt. Peu de touristes, juste l'émotion immense de goûter les merveilles des palais nazaries en toute tranquillité.
Andalousie
Novembre 2005
Amargura dorada en el paisaje.
El corazón escucha.
(...)
El otoño ha dejado ya sin hojas
los álamos del río.
El agua ha adormecido en plata vieja
al polvo del camino.
Los gusanos se hunden soñolientos
en sus hogares fríos.
El águila se pierde en la montaña;
el viento dice: Soy eterno ritmo.
Se oyen las nanas a las cunas pobres,
y el llanto del rebaño en el aprisco.
La mojada tristeza del paisaje
enseña como un lirio
las arrugas severas que dejaron
los ojos pensadores de los siglos.
Y mientras que descansan las estrellas
sobre el azul dormido,
mi corazón ve su ideal lejano
y pregunta:
¡Dios mío!
Pero, Dios mío, ¿a quién?
¿Quién es Dios mío?
¿Por qué nuestra esperanza se adormece
y sentimos el fracaso lírico
y los ojos se cierran comprendiendo
todo el azul?
Sobre el paisaje viejo y el hogar humeante
quiero lanzar mi grito,
sollozando de mí como el gusano
deplora su destino.
Pidiendo lo del hombre, Amor inmenso
y azul como los álamos del río.
Azul de corazones y de fuerza,
el azul de mí mismo,
que me ponga en las manos la gran llave
que fuerce al infinito.
Sin terror y sin miedo ante la muerte,
escarchado de amor y de lirismo,
aunque me hiera el rayo como al árbol
y me quede sin hojas y sin grito.
Ahora tengo en la frente rosas blancas
y la copa rebosando vino.
RITMO DE OTOÑO, Federico García Lorca (1898 - 1936)
Granada, Espagne
Novembre 2005
10 heures du matin, en novembre à Grenade. Le soleil chauffe cette petite place, située à quelques pas de la cathédrale. Je déguste un cafe con leche en terrasse.
C'est l'heure tranquille, où les papys se promènent doucement.
