Tunisie, Mai 2006

Ile aux Moines, Bretagne
Avril 2006
"Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!
(...)
Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.
Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.
(...)
Non, non! . . . Debout! Dans l'ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant.
Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil
Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!"
Le cimetière marin, Paul Valéry (extraits)


Tunisie, Sud de Tunis
Mai 2006

Tunis, Mai 2006
La journée promettait d'être orageuse. En fin d'après-midi, en plein coeur de la Medina, la pluie, soudain, se met à tambouriner. Une pluie drue, ardente, qui fait fuir les passants. Eclats de rire, éclats des sandales sur les pavés ruisselants. Du rire au coin des yeux lorsqu'on se croise. Les touristes, déjà rares, s'étaient volatilisés.
J'ai continué à me perdre dans le dédale de la vieille ville.
Et puis à l'angle de deux ruelles, ce personnage qui discourait comme si de rien n'était, étranger à toute cette agitation, bien à l'abri derrière son parapluie. N'empêche qu'il a repéré que j'avais appuyé sur la gâchette : vif comme l'éclair, il s'est levé et m'a fait tout un numéro, moitié riant, moitié jouant la comédie devant ses potes hilares, homme en colère peu crédible tentant d'impressionner une minette occidentale. Je n'ai évidemment rien capté à son discours prononcé en arabe, toujours est-il que je lui ai lancé mon plus beau regard de Bambi, ai souri, bredouillé quelques mots, m'excusant platement d'avoir troublé sa tranquillité.
Je lui ai tendu la main. Il s'est arrêté de gesticuler, m'a regardé un instant en silence, tandis que la pluie battait la mesure, égrenant le suspens avant la sentence finale. Il m'observait. Enfin, avec un éclat de rire, il m'a fait signe de filer. J'ai mimé un salut et me suis éclipsée, sous le regard amusé des gens qui avaient assisté à la scène.

Plougoumelen, Bretagne
Mai 2006

Rennes, avril 2006
"Ville de ciment et d'acier, murailles de verre s'élançant indéfiniment vers le ciel, ville aux dessins incrustés, aux sillons tous pareils, aux drapeaux, étoiles, lueurs rouges, filaments incandescents à l'intérieur des lampes, électricité parcourant les réseaux de fil de laiton en murmurant sa vibration doucereuse.
(...)
Il faut bouger, coûte que coûte".
JMG Le Clézio, Le livre des fuites.

Ile aux Moines, Golfe du Morbihan
2006
En ce jour où l'on fête les 70 ans du Front Populaire, je tiens à m'insurger contre cette politique élitiste. Et ceux qui ne savent pas lire, alors ? Ils meurent de soif ?

Ile aux Moines, Golfe du Morbihan
Avril 2006
On trouve de tout, sur les plages... Merci à B. et vive le sable entre les doigts de pieds.

Saint-Malo, Avril 2006
