
Toulouse, février 2007
Le premier qui me sort qu'il y a des Inferi au fond du Canal du Midi, je lui balance une Corne d'Eruptif dans la figure. Que ce soit clair.

Toulouse, novembre 2007
"Tout le temps d'une rue qui n'en finit pas."
(Paul Eluard, L'entente, in La Vie immédiate)
Toulouse, Samedi 10 novembre 2007
Remise, dans quelques jours, du dossier de candidature de Toulouse pour devenir Capitale européenne de la Culture 2013.
Aujourd'hui, du soleil, le Front de Libération de la Culture qui veut gommer le gris de nos vies à coup de rose ; Place du Capitole, l'Hymne européen qui résonne au milieu de tous ces mômes, bon,
moi, l'Hymne européen, à chaque fois ça marche, j'ai de la buée devant les yeux, et si avec ça je repars pas motivée au boulot lundi, hein, faudra aller vous plaindre à la Carmen de Rosi et de
mon enfance, Julia Migenez, même que Victoria Abril a fait faux bond, mais bon, Festa Tolosa au son de l'Espagne, pauvre petite Fée qui a du être espabilée de mon appel aux allures de sévillane
dévergondée. Federico Garcia Lorca déclamé pour ne pas oublier, et puis la place qui s'embrase au son du fado et des Sambas Résilles et puis bon, j'aime ma ville, quoi.
Alors messieurs les jurés, n'en déplaise à Dati Danielle qui d'après ce que j'en ai vu a plutôt été fraîchement accueillie aujourd'hui au milieu des parades festives et des drapeaux rouges et
orangés, messieurs les jurés, gaffe à ce que vous allez faire.
Toulouse sera Capitale. Y'a pas moyen.

Et puis si elle ne l'est pas, et ben on sera obligé de l'aimer encore plus fort. Là. C'est tout ce que vous aurez gagné. Bon, ce sera pas facile, mais on fera des efforts, promis.

Foix, Ariège
Mai 2007
Faisez gaffe tout de même, les degrés dégringolent en ce moment.
Pas que les degrés, d'ailleurs.
Toulouse, fête de la musique
Juin 2007
Tout plaquer. Ca fait bien de dire ça. Ca fait bien d’y croire aussi. Ce n’est jamais facile. Justement. Ca rehausse la faible image de soi. T’as vu un peu, t’as été capable de faire ça. T’avais beaucoup de choses là-bas, pourtant : des amis, un boulot qui te faisait souvent criser mais dans lequel tu t’éclatais. Mais non, fallait que ça bouge. Et puis tu arrives ici, avec de fausses illusions. " Ouais, ça va être bien ". Mais en vrai, t’en sais rien. Les charmes de l’autopersuasion. C’était pas grand-chose, pourtant, mais ça vient à un moment où t’es pas censée le faire. Ben oui, quoi, t’es pas censée être mariée trois gosses et rester posée là où tu es sans emmerder le monde avec tes pseudo-bouleversements à la mords-moi la couenne ?
Mais quand même. La fuite en avant, tout le temps, ce soir, tu lui tires la langue. Bien comme il faut. Tu sais, avec un air narquois, le genre même-pas-mal. Ce soir, la fuite, tu l’assumes. Tu la plantes bien devant toi. La vie, aussi, tu l’assumes. Un air de Jazz oriental au bord de la Garonne, bien plantée au milieu d’un peuple qui vit le rythme de la nuit, avec un air d’Espagne, partout, tout le temps, avec une ville qui te fait toujours sourire, tout le temps. Une ville à portée de main. Tes illusions, elles sont là, il te suffit de les saisir.
Suffire.
Ce soir, j’ai l’impression que toutes les villes européennes dans lesquelles j’ai appris à me laisser vivre se sont rassemblées pour mieux imploser. En douceur, sur un air manouche. Mes Auberges espagnoles et mes Poupées russes, elles sont toutes là, en moi, ces expériences de libération. Pour une fois, au lieu de drainer cette éternelle et pesante nostalgie, elles résonnent avec évidence. C’était écrit. Je suis aujourd’hui loin de tout et loin de tous, mais c’était écrit. Toulouse non comme un aboutissement, mais comme une révélation. En France, mais au bord du monde. Avec le monde, celui d’avant, celui d’après, comme promesse paresseuse et confiante.
Vibrer, se laisser porter, faire acte de résilience (merci S). C’est de ce coup de pouce dont j’avais besoin en ce moment. Merci. Tous ceux qui s’échinent à m’ouvrir les yeux sur les délices de cette ville. Et puis viendront ceux que je ne demande qu’à connaître. Ceux qui m’ouvrent les portes de l’inconnu, calmement, sincèrement, sans pourtant savoir à quoi je ressemble.
La vie, y’a des soirs, je la questionne, je lui crache à la figure, je l’engueule et je lui balance une torgnole, une bonne droite qui la laisse pantoise et qui me laisse aussi sur le carreau. Y’en a d’autres, des soirs, où j’ai comme une envie de la dévorer toute crue, sans assaisonnement, la vie, comme ça, sans me poser de questions.
Je vous en pose, à vous, des questions ?
