L'Atelier de Baignes, c'est une grande maison perdue dans la campagne. Nichée au creux d'un petit village où l'on
dénombre plus de vaches que d'habitants, et où il n'y a même pas d'église, n'en déplaise à Nico.
C'est donc pas très évident d'aller à la messe le dimanche matin, mais rassurez-vous, devant L'Atelier de Baignes, il y a une cabine téléphonique qui permet d'appeler Dieu en direct.
La liaison est bonne, si l'on occulte les aboiements affectueux mais ô combien perce-tympans de Black et Tina, deux monstres baveux, dégoulinants de poils, de gentillesse et de gratitude.
A Baignes, on y arrive par un virage limité à 30 km/h. On croise d'abord quelques nains de jardin et
des décos kitsch de Noël qui restent exposées toute l'année aux fenêtres de Josette. Ou de Raymonde. J'connais pas son prénom mais on s'en contrecire les platines arrières. Josette, elle est
kitsch, mais elle assume. Alors on ne l'emmernuie pas, Josette.
On longe ensuite, juste en face de la Mairie, une mare. Bon, certains l'appellent le Lac. Mais sans
présomption, et c'est ça qui est bien. On y croise des poules d'eau, des nénuphars, et même que certains soirs de pleine lune on y entend rire les canards. Les conseillers municipaux, lorsqu'ils
reviennent de leur réunion hebdomadaire du lundi soir, prennent garde de se munir d'une lampe-torche pour éclairer le chemin et faire fuir les plumes de ces volatiles suspects.
Juste en face des forges (des vraies, messieurs-dames, même que le Maître des Forges existe toujours), et au pied de la cabine téléphonique, il y a un portail. Fermé à coups de tendeurs vieillis
par la pluie, histoire de dissuader les inopportuns. Ca fout les j'tons.
Une allée s'étire au milieu d'une étendue d'herbe toujours précautionneusement tondue (mmfff) et d'arbres magnifiques dont je tairai le nom, parce que d'une, je les connais pas, et de deux, je
risquerais d'en oublier, alors bon, si c'est pour me prendre un tir de JP, hein, vous comprendrez, j'évite. Des arbres dont les branches dévoilent trop peu, l'été, la perspective magique de la
vieille baraque, mais c'est pour mieux préserver votre petit coeur. Car lorsque ladite baraque daigne se montrer à votre vue, ben c'est forcément un coup au coeur que vous ressentez.
Si non, alors vous me ferez le plaisir de déguerpir séance tenante, merci au revoir.
Non mais je vous le demande, peut-on rester indifférent à ça ?
Hein ?
Non mais c'est vrai quoi.
Baignes, c'est ça : un mot passé dans le langage courant (Valère et Ben pourront en témoigner) pour signifier...
Pour signifier pas moins que plénitude, bonheur de jeter ses valises en vrac dans l'entrée.
Des bras qui se referment sur vous, des bras que vous ne voudriez jamais quitter, et une pique de la part de JP en guise de bienvenue, pique bien vite ponctuée par une bise qui claque, qui claque
avec une sincérité qui résonne dans tout le bled. A tel point que le voisin Nanard en a les oreilles toutes ébouriffées et qu'il lui faut bien trois allers-retours à poil dans le village pour
s'en remettre.
L'arrivée à Baignes est toujours la même : sans prendre le temps de boire un café, histoire de se remettre des heures de route, on balance barda et vie quotidienne, on attaque les escaliers et on
part faire le tour de la boutique. Qui qu'a rajouté un tableau, là ? Bon, la salle de bains en noir et blanc, z'y touchez pas, hein ? Tiens, t'as changé les rideaux ici ? Remarque, ça pouvait pas
être pire. Mais elle est fabuleuse, cette vieille bouilloire !! Les bouquins que j'ai triés sont toujours au grenier ? Bien. Et ce bureau ? Rouge sombre, meubles en bois foncé, parquet,
bibliothèque, lumières tamisées ? J'adore. Beau boulot. On peut larver sur le Récamier pendant que vous bossez ? Voui ? Lancer un 33 tours de Reggiani, aussi ?
Bien.
Je signe.
J'approuve.
Le bonheur peut commencer.
Baignes, c'est du bordel organisé qui chamboule tout et qui fait rien qu'à vous tripatouiller les coins de l'âme.
Baignes, c'est ça :
Baignes, c'est du contre-courant qui se cale avec vos convictions intimes. C'est de la gueule d'atmosphère en barre.
C'est un coin que l'on aimerait arpenter plus souvent en automne, à l'heure où les feuilles tapissent nos émotions de couleurs calmement orangées.
Et c'est aussi des greniers qui recèlent des trésors
insoupçonnés :
Baignes, c'est tout un tas d'autres trucs qui vous font oublier jusqu'aux pires des instants de votre vie d'adulte, vous
savez, celle qui déborde de responsabilités. A Baignes, vous êtes comme hors du temps, dans un cocon doré qui fait grincer les lattes du plancher. Baignes, c'est des apéros sous la tonnelle
l'été, dans le jardin illuminé, c'est des apéros au MacVin au creux de la cheminée l'hiver. En fond, il y a toujours Mozart qui vient vous chatouiller les oreilles. Ou Reggiani ou Roxy Music,
c'est selon. Selon les 33 tours que vous avez su dénicher dans les recoins cachés de l'étage.
Baignes, c'est des heures de lecture l'été sur un transat dans le jardin, c'est les châtaignes à éplucher en compagnie d'une P'tite soeur d'amour (que si vous y touchez, je vous catapulte loin
dans vos enfers les plus terribles), dans la vieille cuisine dont les étagères débordent de boîtes, de sachets de thés, d'épices, de bocaux et de cuillères en bois enchevêtrés, objets récoltés au
fil des années et qui font fi des courants d'air.
Baignes, c'est des crêpes qui volent au dessus du poêle, c'est des fondues dans le salon fraîchement repeint, c'est des barbecue avec les chiens qui tournent autour des saucisses, c'est des
siestes sur le Récamier bordeaux, c'est des heures de parlottes et de discussions animées autour des assiettes qui refroidissent. C'est la décompression, c'est la chaleur d'un foyer, les draps en
flanelle dans le lit qui grince, les araignées qu'il faut chasser, la lumière de l'après-midi filtrée par les volets fermés et qui dessine de jolies figures géométriques sur les oreillers, les
petits déj' dans la nouvelle cuisine blanche et bleutée, avec comme vue le jardin embrumé. C'est les lumières du sapin qui clignotent, c'est l'appel de l'été qui souffle, c'est le bonheur d'être
vivant, tout simplement.
Baignes, c'est un joyeux bordel où les gens viennent, se posent, vivent, sourient et soupirent, repartent, ... et reviennent, toujours.
Et puis accessoirement, Baignes, c'est aussi un concentré d'artistes, c'est aussi un Atelier (en construction, mais qui mérite d'être soutenu) : et c'est ici qu'il faut cliquer.
Vos papillonements