Dublin, Irlande
Octobre 2006

Dublin, Irlande
Octobre 2006
L'indépendant, il a le temps de regarder vers l'avenir en pensant à celui qui lui tombera dans les bras. D'avenir.
Même s'il n'en reste plus tant que ça.
Il s'en fout, l'indépendant, il attend. Il n'a que ça à faire, remarquez.
L'indépendant, il est fier. Fier de cette indépendance. Il la revendique haut et fort, même si quelquefois il suffoque, là quelque part à l'intérieur, du côté du coeur. Mais devant le monde, il
lève la tête. Si haut, l'indépendant, qu'il n'a pas les pieds sur terre, par moments.
L'indépendant, le jour où il se retrouve face à la dépendance, il est paumé. Il a beau regarder à gauche, à droite, sa liberté lui a bel et bien été fauchée. Reggiani peut aller se gratter les
coulisses de la poésie. Il avait tout compris, Reggiani.
Et quand la dépendance est relative à l'autre, l'humain, là, celui qui, hein.
Et ben.
Et ben faut apprendre, réapprendre le regard. Réapprendre le présent : celui qui aiguise l'absence, celui qui affûte les sens d'habitude inusités. Et réapprendre l'avenir, s'attendre à ce
qu'il nous tombe finalement dans les bras.
Faut aller voir l'indépendant, celui qui a un newspaper à la main, et lui demander si les nouvelles de demain seront bonnes.
Et partir en courant sans écouter la réponse.

Crète, août 2006
Mais non, c'est pas parce qu'on est en plein "Bilan de santé" de la PAC
que je fais la politique de la chaise vide...
Je reviens vite.

Jambiani, Tanzanie
Septembre 2007
Je me souviens de ce moment avec une acuité extrême.
Le soleil de fin d'après-midi me caressait la peau, et caressait également l'idée nichée dans le coin gauche de mon cerveau, selon laquelle ce genre de moment n'était pas complètement réel, ou
qu'il fallait le mériter pour pouvoir le savourer à sa juste valeur.
Moi qui suis arrivée en Tanzanie par hasard et sur un coup de tête, au gré d'une amitié a priori improbable (merci Violette, merci, merci Ima), bref, moi, je me souviens à ce moment-là avoir pensé ne pas avoir ma place. Ici. Maintenant. A cet instant.
C'était trop.
Il faut savoir que Jambiani, c'est un bled où y'a trois maisons, quarante kilomètres de plage, et rien d'autre, rien d'autre que ces vies qui survivent, rien d'autre que notre âme d'européen
égoïste qui vient profiter quelques jours de cette beauté paradisiaque.
Si, excusez-moi, à Jambiani, y'a aussi une baraque Internet-épicerie-Poste-urgences-médicales-café-du-commerce posée au bord du sable. Où que y'a une chèvre qui vient vous lécher les petons
alors que vous pédalez pour que le Net fonctionne.
Bref. Je voulais dire quoi, déjà ?
Je sais plus.
Juste, peut-être, que ce moment-là résonne. Et que si j'avais eu les mots pour le dire, j'aurais, ce soir-là, à la lumière de la bougie et du couchant qui excitait les moustiques, écrit
un roman si beau, si grand, si monumental que tous les Cohen, Navarre, et autres Boulgakov n'auraient plus eu qu'à aller se coucher. En rampant.
Le problème, c'est que les mots, j'ai jamais pu les trouver.
Et bien je crois que vous m'avez gâtée. Voui. Même que grâce à tous vos votes, je suis finaliste au Festival de Romans. Voui. Et même que je
ne sais pas comment vous dire tous les mercis qui trottent dedans ma tête et que j'aimerais déverser par wagons entiers du haut de mon balcon.
"ROXANE
Et bien ! si ce moment est venu pour nous deux,
Quels mots me direz-vous ?
CYRANO
Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
Sans les mettre en bouquet, je vous aime, j'étouffe".
Voilà.
Merci. Vraiment, vraiment.

Jambiani, Zanzibar
Tanzanie, Septembre 2007
"Je n'aime pas cette question que je me pose. Je voudrais aimer la réponse, seulement. Entre les miroirs, seuls les autres me voient. Alors je
fuis, je vis, je me sens libre, je m'oublie. Les autres me reconnaissent, et ne me connaissent pas. Je reviens au miroir. Je crois quelquefois me connaître - et je ne me reconnais
pas."
(Martine et Philippe Delerm, Fragiles)

Jambiani, Zanzibar
Tanzanie, Septembre 2007
"Et puis ne vous semble-t-il pas, répliqua Madame Bovary, que l'esprit vogue plus librement sur cette étendue sans limites, dont la
contemplation vous élève l'âme et donne des idées d'infini, d'idéal ?"
(Flaubert, Madame Bovary)
"Mer :
N'a pas de fond.
Image de l'infini.
Donne de grandes pensées."
(Flaubert, Le dictionnaire des idées reçues)
Merci à tous ceux qui, parmi vous, ont déjà voté pour Maripositas à l'occasion du Festival de Romans. Les votes se
clôturent demain, c'est la dernière ligne droite !
Pour voter, c'est simple, il suffit de cliquer sur le logo rose qui clignote dans la colonne de gauche droite ! ;-)

Cadaques, Catalogne
Mars 2008

Paris, mars 2008
"La respiration difficile, elle le précéda dans le salon. Un sourire immobile posé sur ses lèvres, elle lui indiqua un fauteuil, s'assit à son tour, tendit le bas de sa robe, attendit. Pourquoi
ne lui parlait-il pas ? Lui avait-elle déplu ? Il restait peut-être de la poudre. Elle passa sa main sur son nez, se sentie dépourvue de charme. Parler ? Sa voix serait enrouée, et s'éclaircir la
gorge ferait un bruit affreux. Elle ne se doutait pas qu'il était en train d'adorer sa gaucherie et qu'il gardait le silence pour la faire durer.
Lèvres tremblantes, elle lui proposa une tasse de thé. Il accepta avec impassibilité. Guindée, les joues enflammées, elle versa du thé sur le guéridon, dans les soucoupes, et même dans les
tasses, demanda pardon, tendit ensuite d'une main le petit pot à lait et de l'autre les rondelles de citron. Laine ou coton ? demanda-t-elle. Il eut un rire, et elle osa le regarder. Il eut un
sourire, et elle lui tendit les mains. Il les prit, et il plia le genou devant elle. Inspirée, elle plia le genou devant lui, et si noblement qu'elle renversa la théière, les tasses, le pot à
lait et toutes les rondelles de citron. Agenouillés, ils étaient ridicules, ils étaient fiers et beaux, et vivre était sublime."
(Albert Cohen, Belle du Seigneur)
