
Rome, février 2008
No pasaran...
Rome, Italie
Février 2008
"La morale est une convention privée ;
la décence est affaire publique ;
toute licence trop visible m'a toujours fait l'effet d'un étalage de mauvais aloi."
(Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien)
Dublin, Irlande
Octobre 2006

Dublin, Irlande
Octobre 2006
L'indépendant, il a le temps de regarder vers l'avenir en pensant à celui qui lui tombera dans les bras. D'avenir.
Même s'il n'en reste plus tant que ça.
Il s'en fout, l'indépendant, il attend. Il n'a que ça à faire, remarquez.
L'indépendant, il est fier. Fier de cette indépendance. Il la revendique haut et fort, même si quelquefois il suffoque, là quelque part à l'intérieur, du côté du coeur. Mais devant le monde, il
lève la tête. Si haut, l'indépendant, qu'il n'a pas les pieds sur terre, par moments.
L'indépendant, le jour où il se retrouve face à la dépendance, il est paumé. Il a beau regarder à gauche, à droite, sa liberté lui a bel et bien été fauchée. Reggiani peut aller se gratter les
coulisses de la poésie. Il avait tout compris, Reggiani.
Et quand la dépendance est relative à l'autre, l'humain, là, celui qui, hein.
Et ben.
Et ben faut apprendre, réapprendre le regard. Réapprendre le présent : celui qui aiguise l'absence, celui qui affûte les sens d'habitude inusités. Et réapprendre l'avenir, s'attendre à ce
qu'il nous tombe finalement dans les bras.
Faut aller voir l'indépendant, celui qui a un newspaper à la main, et lui demander si les nouvelles de demain seront bonnes.
Et partir en courant sans écouter la réponse.

Crète, août 2006
Mais non, c'est pas parce qu'on est en plein "Bilan de santé" de la PAC
que je fais la politique de la chaise vide...
Je reviens vite.

Jambiani, Tanzanie
Septembre 2007
Je me souviens de ce moment avec une acuité extrême.
Le soleil de fin d'après-midi me caressait la peau, et caressait également l'idée nichée dans le coin gauche de mon cerveau, selon laquelle ce genre de moment n'était pas complètement réel, ou
qu'il fallait le mériter pour pouvoir le savourer à sa juste valeur.
Moi qui suis arrivée en Tanzanie par hasard et sur un coup de tête, au gré d'une amitié a priori improbable (merci Violette, merci, merci Ima), bref, moi, je me souviens à ce moment-là avoir pensé ne pas avoir ma place. Ici. Maintenant. A cet instant.
C'était trop.
Il faut savoir que Jambiani, c'est un bled où y'a trois maisons, quarante kilomètres de plage, et rien d'autre, rien d'autre que ces vies qui survivent, rien d'autre que notre âme d'européen
égoïste qui vient profiter quelques jours de cette beauté paradisiaque.
Si, excusez-moi, à Jambiani, y'a aussi une baraque Internet-épicerie-Poste-urgences-médicales-café-du-commerce posée au bord du sable. Où que y'a une chèvre qui vient vous lécher les petons
alors que vous pédalez pour que le Net fonctionne.
Bref. Je voulais dire quoi, déjà ?
Je sais plus.
Juste, peut-être, que ce moment-là résonne. Et que si j'avais eu les mots pour le dire, j'aurais, ce soir-là, à la lumière de la bougie et du couchant qui excitait les moustiques, écrit
un roman si beau, si grand, si monumental que tous les Cohen, Navarre, et autres Boulgakov n'auraient plus eu qu'à aller se coucher. En rampant.
Le problème, c'est que les mots, j'ai jamais pu les trouver.
Et bien je crois que vous m'avez gâtée. Voui. Même que grâce à tous vos votes, je suis finaliste au Festival de Romans. Voui. Et même que je
ne sais pas comment vous dire tous les mercis qui trottent dedans ma tête et que j'aimerais déverser par wagons entiers du haut de mon balcon.
"ROXANE
Et bien ! si ce moment est venu pour nous deux,
Quels mots me direz-vous ?
CYRANO
Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
Sans les mettre en bouquet, je vous aime, j'étouffe".
Voilà.
Merci. Vraiment, vraiment.

Jambiani, Zanzibar
Tanzanie, Septembre 2007
"Je n'aime pas cette question que je me pose. Je voudrais aimer la réponse, seulement. Entre les miroirs, seuls les autres me voient. Alors je
fuis, je vis, je me sens libre, je m'oublie. Les autres me reconnaissent, et ne me connaissent pas. Je reviens au miroir. Je crois quelquefois me connaître - et je ne me reconnais
pas."
(Martine et Philippe Delerm, Fragiles)
