
Andorre
Mai 2007

"Et ce galop de buffles
Mes quatre volontés
Cette femme au soleil
Cette forêt qui éclate
Ce front qui se déride
Cette apparition au corsage brodé d'épaves
De mille épaves sur des vagues de poussière
De mille oiseaux muets dans la nuit d'un arbre"
(Paul Eluard, extrait de La lumière éteinte)

Mikocheni, Dar Es Salaam
Tanzanie, Septembre 2007

Coco Beach, Dar Es Salaam
Tanzanie, Septembre 2007
"J'entends la nuit ton coeur battre à ma porte
J'entends les cris de nos étreintes mortes
J'étais pour toi étrange et singulière
Le rêve en toi de la belle étrangère
La porte cogne je ne l'ouvrirai pas
Mon coeur ne sonne que pour la vie qui va
Je n'aime plus au plus profond de moi
L'amour perdu s'est perdu avec toi
Sûr que ce dos au mur
Quand le mot fin s'écrit
Sur un amour qui tourne court
Qui bat de l'aile
Qui dégringole
Tout comme tombent les idoles
Dure, sous le ciel bleu d'azur
Qu'on voudrait peindre en gris
Drapée de brume, l'amertume
Qui nous déchire
Qui nous dévore
D'un coeur qui bat
Qui bat trop fort"
(Catherine Lara, Le dos au mur)

Serengeti, Tanzanie
Septembre 2007
Bon. Admettons. Vous êtes tranquille pépère en train de perdre les eaux tellement c'est beau, autour de vous. Cette immensité imposante, une plaine qui s'étale à l'infini, le jaune brûlé, les
montagnes bleues au loin, les rayons du soleil obliques qui percent les nuages, tout ça, bref on y reviendra. Donc vous êtes en plein milieu du nombril du monde (j'ai piqué l'expression à
Vincent, chut, vous lui direz pas), il est 16h, la lumière commence à prendre ces tonalités brûlantes qui rendent barges, et vous tombez sur ça. Bon, c'est hyptonisant, c'est magique, c'est
dingue parce que c'est si proche, pfiou.
Mais jusque-là, y'a rien de drôle. C'est juste fabuleux.
Ce qui est drôle, c'est quand vers 17h on vous dit : "Bon, ben c'est qu'il faudrait voir à pas trop traîner, là, parce que l'orage approche, et puis c'est qu'on a des tentes à monter".
Jusque-là encore, ça va. Voyez pas pourquoi s'agirait de s'énerver. Hakuna Matata, bordel.
Ouais, Hakuna Matata, qu'y disaient.
Mouarf.
Non parce que le coup du montage de la tente sous l'orage, ça mériterait un article entier. Mais là n'est pas le problème. Le problème (Jean-Claude), c'est quand on s'attend à trouver un
campement. Ou un truc qui y ressemble. Et qu'en fait, on arrive au pied d'un gros rocher, au milieu de la plaine et de quelques arbres qui semblent avoir été plantés là juste pour faire
joli.
- C'est joli ce gros rocher, dites-moi. Mais pourquoi qu'est-ce donc qu'on s'arrête là ?
- Because parce que c'est là qu'on monte les tentes.
- ... (silence interloqué).
- Yes, et faudrait voir à pas s'enraciner, don't you see it is raining ?
- Nan mais heu. Qu'est-ce que je voulais dire. Ah, oui : et donc, ce rocher, il a une signification particulière ?
- Yes, it is the repère of the lions.
- Of the ?
- Lions.
- (fou-rire fébrile) But you mean, lions... like lions ?
- I mean.
Le pire, c'est qu'il exagérait pas, le monsieur. Enfin sur le coup, comme je vous disais, on n'a pas bien eu le temps de réfléchir, rapport à l'orage et à la nuit qui tombait dru. Et puis arrive
le moment du repas. J'y reviendrai aussi, je pense. Mais là où je veux en venir, c'est que pendant qu'on était tranquillement en train d'évacuer le stress en rigolant comme des tordus, dehors
autour d'une table qui tenait à peine droit, autour d'une bougie, on a soudain entendu : ROAAAAAAAAAAAAAAAAAAR.
Pardon ? Qu'acoustiquais-je ?
ROOOOOOOOAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAR.
Ah, merci, j'avais mal compris.
(voix fluette étranglée par une trouille sans nom) : Stuaaaaaart ?
- Yes ?
- What was this joli noise ?
- Oh, this was a lion.
- ...
- Ah, and I was forgetting : don't let any food traîner là-dehors, hein, et évitez aussi de laisser vos shoes in front of the tent tonight, because figurez-you que les hyènes ont pour habitude de
passer dans le coin.
-... (évanouissement collectif)
Puis vient l'heure où fait tellement froid (et puis c'est qu'on décolle demain à 5h) qu'il faut bien songer à aller se coucher. Problème : il est hors de question que je m'éloigne seule, ne
serait-ce qu'à trois pas, dans la nuit noire, pour aller faire pipi, alors que le roi des animals traîne dans le coin et que je l'entends grogner.
Donc chacun dans sa piaule, zou. Mouarf, une piaule en toile, ne pas penser à ce que ça donnerait si un lion décidait de frapper à la porte.
Et là, long, long, très long moment de solitude. Toute la nuit, on entend les ROAAAAAR qui se rapprochent, et on retient son souffle lorsqu'on sent les hyènes frôler la toile de la tente. Et puis
c'est qu'une hyène qui hurle, ça fait un bruit qui te trifouille le ventre que t'en es à deux doigts d'appeler ta mère.
Mais j'ai survécu, et j'en suis pas peu fière.

Jambiani, Zanzibar
Tanzanie, Septembre 2007

Foix, Ariège
Mai 2007
Faisez gaffe tout de même, les degrés dégringolent en ce moment.
Pas que les degrés, d'ailleurs.
Dar Es Salaam
Tanzanie, Septembre 2007
Mesdames, vous qui avez croisé mon objectif (celui de mon appareil photo, et celui de mon désir de découvrir, toujours plus avant, les mystères et les beautés de
notre monde) ; vous qui sirotiez un soda à la saveur sucrée, saveur d'une pause bien méritée ; vous qui aviez le regard chargé de ce vécu que je n'approcherai jamais qu'à travers mon imagination
; vous qui avez fait preuve d'une patience sans pareille face à ma maladresse en langue swahili ; mesdames, que faites-vous à cette heure-ci ?
Que faites-vous, tous, vous dont j'ai croisé la route le temps d'un café à Coco Beach, le temps d'un week-end, le temps d'un trajet historique au milieu de la forêt de Jozani, le temps d'une
plongée au pays des lions, le temps d'une balade en bateau en direction du turquoise ?
Dites-moi, dites-moi que tout cela avait un sens, que je n'ai pas encore réussi à le percevoir, ou qu'il reste tapi là, au fond de moi, en attendant d'éclore.
Paraîtrait que la réacclimatation ne concerne que les géraniums en pot. N'empêche que ce soir encore, le sentiment de déconnexion est tel que j'en aurais presque envie de me laisser pousser des
pétales.

Cratère du Volcan Ngorongoro
Nord de la Tanzanie, Septembre 2007
Une fois à ARUSHA, prenez à gauche en sortant. A partir de là, c'est tout droit. Roulez, roulez, profitez encore de la zone asphaltée. Traversez la plaine Masaï et soupirez d'aise à la vue des
silhouettes colorées et des troupeaux tranquilles. Tournez-vous vers vos compagnons de voyage dans un élan d'enthousiasme... et réalisez qu'ils roupillent vaguement. Groumffez, et replongez votre
museau par la fenêtre pour boire, boire le paysage jusqu'à plus soif.
Faites une pause d'une nuit à MTO WA MBU, littéralement, "La rivière des moustiques" et repartez le lendemain à l'aube en arborant glorieusement vos mollets épargnés par ces bestioles infâmes,
vous qui en temps normal attirez tout ce qui pique. Calez-vous au fond d'une jeep et laissez-vous emmener dans la zone de conservation du Ngorongoro. Répétez-vous que vous êtes en train d'entrer
dans la mythique Vallée du Rift. Vous n'arrivez pas à réaliser ? Normal, ça viendra plus tard. Refermez donc votre col en attendant, c'est que ça grimpe et que ça commence à cailler sévère.
Evitez juste de vous emmêler les cheveux dans votre foulard, ça fait rire la compagnie et c'est mauvais pour l'image de fille sérieuse et droite que vous vous efforciez de
donner. Couinez un peu, pour la forme. Vous savez pas couiner en anglais ? Boarf, mais si, en cherchant bien. Reniflez ostensiblement de la narine gauche histoire d'afficher votre
mépris. Mais évitez juste de baver sur le genou du conducteur lorsque vous assistez soudain à une scène magique, à savoir les nuages qui se déversent dans le cratère comme une chute
d'eau immense et vertigineuse.
Globalement, c'est à ce moment-là que vous sentirez l'émotion monter en flèche. Exigez une pause. Descendez de la voiture, ramassez votre dignité qui s'est cassée la figure au passage, et
posez-vous un peu devant la scène. Noyez-vous dans les tuniques rouges des Masaï et chouinez un bon coup : ça défoule.
