Baignes, Haute-Saône
Juillet 2007
Une salle de bain à carreaux, c’est quelquefois comme un miroir en noir et blanc.
C’est comme un endroit où l’on revient chaque été puiser un peu de force, dans une maison du bonheur indescriptible. Ah, ça, elle est riche en émotions, cette maison du bonheur.
Mais ce soir, c’est Vicente que je voulais évoquer.
Vicente, c’est plus de dix ans d’amitié.
Vicente, ça a commencé comme ça, au hasard d’une association étudiante Nord-Sud. De l’époque où l’on refaisait le monde via des pamphlets distribués largement au sein de l’IEP et où l’on
organisait des soirées intellectuo-musico-théâtro-cinémato-je t’embrouille, auxquelles on croyait fermement, dans les rues du 7ème de Lyon, et qui restent gravées en moi. J’étais
amoureuse à l’époque. Lionel. Même qu’il appelait Vicente Jean-Louis et que ça me faisait rire.
Vicente, il avait déjà ce regard clair et une expression qui interroge. Qui interroge le monde, et qui interroge celui qui ose essayer de lire en lui.
Vicente, ce sont des tumultes, des " écoute-moi " et des " fiche le camp ", dont je ne suis pas forcément fière.
Vicente, c’est la franchise à l’état pur, c’est la générosité. C’est tout un tas de trucs qui font du bien à l’âme. Vicente, il est pas parfait, mais son
imperfectitude, il ne la doit qu’à ce que je refuse d’admettre. Pour le reste, il a bon, toujours.
Vicente, c’est le genre de personnes, que dis-je, c’est l’unique personne que j’appelle un soir de concours, au bord de la mer, il y a sept ans, avec l’orage qui pointe, en lui disant vaguement
(je crois, je ne m’en souviens plus, en fait) que je suis une sous-merde et que je ne mérite rien. Ni cette situation, ni les résultats de ce foutu concours (qui se sont avérés positifs), ni
l’amitié, ni rien. Et dans ces cas-là, Vicente, c’est quelqu’un qui prend une heure, deux heures pour me susurrer des mots tout doux à l’oreille, alors que je suis paumée au fond d’une cabine au
bord de la Méditerranée. Sans doute qu’il a autre chose à fiche, mais que voulez-vous, c’est quelqu’un qui donne avant de penser à lui.
Et parlons-en, de donner aux autres. Y’a des étapes dans sa vie que je n’ai pas suivies, tout simplement parce que quelques mois auparavant, il avait appuyé là où ça fait mal, et que j’avais décidé de lui faire la gueule. Vous y croyez, vous ? Et bien oui. Morena, elle est comme ça. Et elle se ficherait volontiers des baffes, d’ailleurs. D'autant plus que lui est présent, toujours.
Du coup, Vicente, c’est quelqu’un de tellement bien, que c’est quelqu’un à qui j’ai pris l’habitude de me confier. Trop, peut-être. Le pauvre, il ne demande rien, il reçoit tout, le bon comme le mauvais. Et c’est pas évident à vivre, pour celui qui est en face. Parce que y’a des fois, j’ai envie de me confier sans me confier. Et dans ces cas-là, celui qui morfle, c’est pas forcément celui que l’on croit.
Vicente, désolée, et merci. Parce que c’est plus facile de le dire sur un blog que face à face dans un bar espagnol de la rue Montesquieu : merci. Pour ces dimanche soirs à mi-chemin entre Perrache et St-André, pour ces dimanche soirs en bord de Rhône, un soir d’août que je n’ai pas compris et pour la brouille à Bruxelles qui s’est ensuivie, pour toutes les brouilles que tu m’as pardonnées, merci pour Luz, pour tout ce que je n’ai pas la possibilité de narrer ici, merci pour les 11 dernières années et pour les 30 qu’il nous reste à partager.
