
Miroir d'eau, Bordeaux
"Quel est le mur invisible qui maintient ce peuple , quel est l'amour secret qui unit ces êtres, quel est le nom qui les défend et les protège
? Donnez-moi ce nom, ne serait-ce qu'une fois, pour que je ne l'oublie pas, moi qui suis dans la fuite... Devant cette terre plate, mélangée d'eau, sous ce ciel aux nuages bas, dans la chaleur
épaisse qui descend du soleil, ou bien au milieu de la fourmilière terrible de cette ville géante, c'est toujours la même interrogation qui revient. Et cette interrogation que la vie agressive
avait masquée, ici devient claire. Comme du haut d'un phare, on voit le spectacle, au dessein gravé, l'étonnant destin des hommes qui les groupe et les attache. On est là soi-même, un point parmi
les autres points, sans nécessité ni recours, prisonnier de sa langue et de sa race, prisonnier de son temps, et pourtant, au même moment, on est au-delà de toute expression, indéfiniment LIBRE
!"
(J.M.G. Le Clézio, Le livre des fuites)
