
Serengeti, Tanzanie
Septembre 2007
Bon. Admettons. Vous êtes tranquille pépère en train de perdre les eaux tellement c'est beau, autour de vous. Cette immensité imposante, une plaine qui s'étale à l'infini, le jaune brûlé, les
montagnes bleues au loin, les rayons du soleil obliques qui percent les nuages, tout ça, bref on y reviendra. Donc vous êtes en plein milieu du nombril du monde (j'ai piqué l'expression à
Vincent, chut, vous lui direz pas), il est 16h, la lumière commence à prendre ces tonalités brûlantes qui rendent barges, et vous tombez sur ça. Bon, c'est hyptonisant, c'est magique, c'est
dingue parce que c'est si proche, pfiou.
Mais jusque-là, y'a rien de drôle. C'est juste fabuleux.
Ce qui est drôle, c'est quand vers 17h on vous dit : "Bon, ben c'est qu'il faudrait voir à pas trop traîner, là, parce que l'orage approche, et puis c'est qu'on a des tentes à monter".
Jusque-là encore, ça va. Voyez pas pourquoi s'agirait de s'énerver. Hakuna Matata, bordel.
Ouais, Hakuna Matata, qu'y disaient.
Mouarf.
Non parce que le coup du montage de la tente sous l'orage, ça mériterait un article entier. Mais là n'est pas le problème. Le problème (Jean-Claude), c'est quand on s'attend à trouver un
campement. Ou un truc qui y ressemble. Et qu'en fait, on arrive au pied d'un gros rocher, au milieu de la plaine et de quelques arbres qui semblent avoir été plantés là juste pour faire
joli.
- C'est joli ce gros rocher, dites-moi. Mais pourquoi qu'est-ce donc qu'on s'arrête là ?
- Because parce que c'est là qu'on monte les tentes.
- ... (silence interloqué).
- Yes, et faudrait voir à pas s'enraciner, don't you see it is raining ?
- Nan mais heu. Qu'est-ce que je voulais dire. Ah, oui : et donc, ce rocher, il a une signification particulière ?
- Yes, it is the repère of the lions.
- Of the ?
- Lions.
- (fou-rire fébrile) But you mean, lions... like lions ?
- I mean.
Le pire, c'est qu'il exagérait pas, le monsieur. Enfin sur le coup, comme je vous disais, on n'a pas bien eu le temps de réfléchir, rapport à l'orage et à la nuit qui tombait dru. Et puis arrive
le moment du repas. J'y reviendrai aussi, je pense. Mais là où je veux en venir, c'est que pendant qu'on était tranquillement en train d'évacuer le stress en rigolant comme des tordus, dehors
autour d'une table qui tenait à peine droit, autour d'une bougie, on a soudain entendu : ROAAAAAAAAAAAAAAAAAAR.
Pardon ? Qu'acoustiquais-je ?
ROOOOOOOOAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAR.
Ah, merci, j'avais mal compris.
(voix fluette étranglée par une trouille sans nom) : Stuaaaaaart ?
- Yes ?
- What was this joli noise ?
- Oh, this was a lion.
- ...
- Ah, and I was forgetting : don't let any food traîner là-dehors, hein, et évitez aussi de laisser vos shoes in front of the tent tonight, because figurez-you que les hyènes ont pour habitude de
passer dans le coin.
-... (évanouissement collectif)
Puis vient l'heure où fait tellement froid (et puis c'est qu'on décolle demain à 5h) qu'il faut bien songer à aller se coucher. Problème : il est hors de question que je m'éloigne seule, ne
serait-ce qu'à trois pas, dans la nuit noire, pour aller faire pipi, alors que le roi des animals traîne dans le coin et que je l'entends grogner.
Donc chacun dans sa piaule, zou. Mouarf, une piaule en toile, ne pas penser à ce que ça donnerait si un lion décidait de frapper à la porte.
Et là, long, long, très long moment de solitude. Toute la nuit, on entend les ROAAAAAR qui se rapprochent, et on retient son souffle lorsqu'on sent les hyènes frôler la toile de la tente. Et puis
c'est qu'une hyène qui hurle, ça fait un bruit qui te trifouille le ventre que t'en es à deux doigts d'appeler ta mère.
Mais j'ai survécu, et j'en suis pas peu fière.