Zanzibar, Tanzanie
Septembre 2007
Je file. Je vous laisse avec cette fillette.
Si tout va bien, elle devrait programmer quelques articles en mon absence.
Soyez sages.

Zanzibar, Tanzanie
Septembre 2007
Il y a quelquefois des silhouettes qui se détachent de la surface du monde. Des silhouettes qui envahissent soudain l'écran de nos regards. Qui prennent toute leur dimension en un geste, un
sourire, un mot glissé au creux de l'oreille.
Ces silhouettes, nous ne connaissons d'elles que la part d'ombre ou de lumière qu'elles veulent bien laisser entrevoir. Mais elles sont là, massives ou discrètes, tout dépend de la couleur des
heures ; elles sont là, fidèles ou éphémères, aussi tangibles que la part d'envie que nous leur accordons.

Jambiani, Tanzanie
Septembre 2007
Je me souviens de ce moment avec une acuité extrême.
Le soleil de fin d'après-midi me caressait la peau, et caressait également l'idée nichée dans le coin gauche de mon cerveau, selon laquelle ce genre de moment n'était pas complètement réel, ou
qu'il fallait le mériter pour pouvoir le savourer à sa juste valeur.
Moi qui suis arrivée en Tanzanie par hasard et sur un coup de tête, au gré d'une amitié a priori improbable (merci Violette, merci, merci Ima), bref, moi, je me souviens à ce moment-là avoir pensé ne pas avoir ma place. Ici. Maintenant. A cet instant.
C'était trop.
Il faut savoir que Jambiani, c'est un bled où y'a trois maisons, quarante kilomètres de plage, et rien d'autre, rien d'autre que ces vies qui survivent, rien d'autre que notre âme d'européen
égoïste qui vient profiter quelques jours de cette beauté paradisiaque.
Si, excusez-moi, à Jambiani, y'a aussi une baraque Internet-épicerie-Poste-urgences-médicales-café-du-commerce posée au bord du sable. Où que y'a une chèvre qui vient vous lécher les petons
alors que vous pédalez pour que le Net fonctionne.
Bref. Je voulais dire quoi, déjà ?
Je sais plus.
Juste, peut-être, que ce moment-là résonne. Et que si j'avais eu les mots pour le dire, j'aurais, ce soir-là, à la lumière de la bougie et du couchant qui excitait les moustiques, écrit
un roman si beau, si grand, si monumental que tous les Cohen, Navarre, et autres Boulgakov n'auraient plus eu qu'à aller se coucher. En rampant.
Le problème, c'est que les mots, j'ai jamais pu les trouver.

Jambiani, Zanzibar
Tanzanie, Septembre 2007
"Je n'aime pas cette question que je me pose. Je voudrais aimer la réponse, seulement. Entre les miroirs, seuls les autres me voient. Alors je
fuis, je vis, je me sens libre, je m'oublie. Les autres me reconnaissent, et ne me connaissent pas. Je reviens au miroir. Je crois quelquefois me connaître - et je ne me reconnais
pas."
(Martine et Philippe Delerm, Fragiles)

Jambiani, Zanzibar
Tanzanie, Septembre 2007
"Et puis ne vous semble-t-il pas, répliqua Madame Bovary, que l'esprit vogue plus librement sur cette étendue sans limites, dont la
contemplation vous élève l'âme et donne des idées d'infini, d'idéal ?"
(Flaubert, Madame Bovary)
"Mer :
N'a pas de fond.
Image de l'infini.
Donne de grandes pensées."
(Flaubert, Le dictionnaire des idées reçues)
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